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A la une Qu'est-ce que la KanaTTitude?

J’ai rêvé d’un tapis rouge et de marches interminables. J’ai rêvé d’un big mac avec Vincent Vega et d’une Conversation secrète avec David Lynch. J’ai rêvé que j’empruntais la robe de Nicole Kidman et papotais avec Emmanuelle Béart. J’ai serré la main de Quentin Tarantino et Jude Law m’a offert un sourire. Parce que j’ai plus de Deux sous d’espoir, j’ai rêvé d’offrir un café à Diane Kruger, de parler politique avec Michael Moore et de pleurer, de souffrir, de chanter. J’ai visionné des chefs d’œuvre, me suis gavée de cinéma, je me suis engueulée avec Monica Bellucci. Oui, j’ai rêvé que pour l’Eternité et un jour, j’étais là, avec vous, avec eux. Et nous étions ensemble dans cet antre des possibles, ce tourbillon d’émotions, cet échange culturel, cinématographique, fraternel, passionnel. Essentiel.

J’ai rêvé de vivre. Le bonheur. L’amour. Le cinéma. Et tout ça sur la Croisette. If I tell you that, c’est parce qu’en Mai, Cannes fait ce qui lui plaît et c’est sous le soleil de Satan que défilent sur les écrans cannois : sexe, mensonges et vidéo. Mon blog est pétri des meilleures intentions. Car aujourd’hui, j’ai une Mission. Celle de vous replonger dans la gloire de Cannes, la beauté de son cinéma, ses rêves, ses espoirs. Bienvenue dans KanaTTiTude, une chronique des années de braise du Festival de Cannes by Diane_Selwyn. Ses palmes, ses acteurs, ses films, ses évènements… OUI, j’ai rêvé de Cannes…. La dolce vita…me direz-vous…Oui, mais POURQUOI PAS ?

LE PLAN DU SITE

 
WOLF CREEK de Greg Mc Lean

Kestie Morassi. TFM Distribution

Un garçon, deux filles, une voiture et le désert. Dès l’ouverture du film, on se retrouve plongés dans l’ambiance de ce film australien. Le réalisateur sait se servir de sa caméra qu’il place là où il faut quand il faut. Wolf Creek est un film d’horreur mais il démarre comme un film indépendant où les personnages et leurs états d’âmes prennent le dessus sur l’intrigue. Greg Mc Lean nous offre de très belles scènes justes et sensibles où le talent des acteurs explose. La lumière, les décors, les plans nous subjuguent. Puis, c’est le clash. Les paysages australiens, magnifiques et purs, laissent place à un terrain de boue («C’est le pays de la merde ! » s’exclame une des filles), à des routes sans fin et sans issue et à un autochtone psychopathe. Commence alors une quête pour survivre, sadique et oppressante, où l’on ressent chaque cri, chaque larme, où l’on respirerait presque le parfum de la mort, l’odeur de l’humidité. On souffre avec les personnages auxquels on s’est attachés pendant la première partie du film. Voilà la principale qualité du film : au lieu de multiplier les lieux communs et autre clichés du genre (une bande de jeunes écervelés, des blondes à fortes poitrines, un tueur), Wolf Creek évite toutes les erreurs et tous les pièges du film d’horreur. Il prend son temps, construit ses personnages, normaux, comme nous, et réussit donc à nous plonger plus facilement dans l’horreur. La forme est très belle, la réalisation impeccable, la mise en scène efficace. Plus qu’un simple film de serial killer, Wolf Creek semble être une réflexion sur le monde. La première partie aérienne, simple et douce (ah ! magnifique scène du baiser !) s’oppose à l’extrême violence (plus psychologique que visuelle d’ailleurs) d’une seconde partie poisseuse qui voit triompher le mal absolu. A l’écran, ces jeunes innocents se retrouvent confrontés au maître des enfers avec ses chiens et ses chaînes. Plus métaphoriquement, ils deviennent alors les martyrs d’une société où règnent la violence (la crucifixion finale) et la perversion (scène dans le bar). L’affiche a raison sur deux points : le film est d’une cruauté insoutenable. Et sans la qualité esthétique du film, cela n’aurait été que purement gratuit.

(Sélection de la Quinzaine des réalisateurs en 2005, en compétition pour la Caméra d'or).

 
THE MISSION de Roland Joffé

Il existe des films bouleversants sur la nature : Le Nouveau Monde de Terence Malick ou même Nell de Michael Apted. The Mission fait partie de ces petits chefs d’œuvre, véritables odes à une nature magnifiée, paradis sur terre détruit par les hommes. Avec cette histoire émouvante, sobre et poignante, Roland Joffé réalise un film d’une beauté visuelle impressionnante. Appuyé par le contexte historique de l’époque, il dénonce les atroces massacres commis par les colons au nom de leur soif de conquête. Les personnages sont attachants : le mercenaire ex-trafiquant d’esclaves en pleine rédemption (De Niro, magistral), le jésuite rempli d’amour et d’humanisme (Jeremy Irons, convaincant) et les Indiens bafoués, humiliés, traînés dans la boue. Avec peu de mots, le film est bouleversant et simple.

« Though I have all faith So that I could remove mountains And have not love, I am nothing. And though I bestow all my goods To feed the poor And though I give my body to be burned And have not love It profiteth me nothing Love suffereth long and is kind Love envieth not Love vaunteth not itself, Is not puffed up.”

(Sélection officielle festival de Cannes 1986 - Palme d'Or)

 
LA MAUVAISE EDUCATION de Pedro Almodovar

Gael Garcia Bernal. Pathé Distribution

Almodovar, fidèle à lui-même, signe avec La mauvaise éducation un de ses films les plus personnels et, peut-être, son œuvre la plus aboutie au niveau du scénario. Les multiples mises en abîme de ce film, qui contient plusieurs niveaux de lecture– comme autant de points de vue sur un même objet- nous entraînent dans une réflexion très intéressante sur la notion d’art et de perspective. Il y a le regard que pose Enrique sur Ignacio, l’amour de sa vie, celui du spectateur sur le véritable Ignacio – pourtant dissimulé sous les traits d’un personnage emprisonné dans sa déchéance et qui n’existe qu’à travers le récit de la nouvelle qu’il a écrit- et celui du réalisateur espagnol sur ses acteurs et ses protagonistes. Gael Garcia Bernal n’a jamais été aussi beau, magnifié en femme et toujours juste. On y parle d’amour perdu, de jeunesse brisée et de mort. Almodovar aborde un sujet hautement périlleux au cinéma : la pédophilie. Le film ne juge jamais vraiment les bourreaux (ni les victimes d’ailleurs) et se contente de filmer la vie de ses personnages dans ce qu’elle a de plus crue et de plus noire. Les thèmes récurrents dans l’œuvre du réalisateur se retrouvent à nouveau ici : homosexualité masculine, sexe, dédoublement identitaire et travestissements. Le cinéma d’Almodovar est extrême, exubérant, sans concession, fait de couleurs et de personnages excessifs. Le film est à son image. Le cinéaste clôturera La mauvaise éducation avec le mot « passion ». Que l’on aime ou pas son univers, que l’on s’attache ou non à ses histoires où derrière l’humour et la couleur, se cachent souvent des drames graves, on ne peut lui enlever cela : Almodovar est un passionné.

(Sélection officielle festival de Cannes 2004 - Ouverture)

 
BUG de William Friedkin

Ashley Judd et Harry Connick Jr. Metropolitan FilmExport

A-t-on déjà vu un aussi bon film sur la paranoïa au cinéma ? Assurément, non. Friedkin réalise un film nerveux, installe un malaise et une tension en quelques plans et nous entraîne dans un huit clos réjouissant, parfois insoutenable et d’une intensité incroyable. Bug gagne en force à chaque minute et décrit la folie de ses protagonistes de manière hallucinante. La mise en scène est parfaitement maîtrisée et le scénario inventif et intelligent. Dans un crescendo de violence psychologique, le film nous scotche au fauteuil et ne nous lâche plus. Impossible de sortir indemne d’un film aussi puissant et sombre. La forme est aussi réussie que le fond qui regorge d’interprétations différentes. Allégorie sur l’amour et l’attirance entre deux êtres (amour rongeur, vecteur de folie?), réflexion sur la manipulation à mettre en relation avec une Amérique post-11 Septembre obsédée par les complots (la façon dont la peur engendre la peur, et ses conséquences) ou descente aux enfers de deux schizophrènes malades ? Ce film est tout simplement énorme et ses multiples niveaux de lecture témoignent de la richesse d’un scénario qui ose tout jusqu’au terrible final. Les deux acteurs principaux : Ashley Judd et Michael Shannon sont carrément géniaux ! Si leurs personnages sont aussi crédibles, c’est grâce à leurs impressionnantes compositions, toujours justes. Le film prend son temps, ne précipite pas son intrigue et pourtant, à partir du moment où il nous happe dans son tourbillon jubilatoire, le rythme est effréné et la tension à son comble. Bug est une véritable expérience de cinéma, une pépite de noirceur qui ne ressemble à rien d’autre. Véritablement singulier, détaché de tous codes et de tous genres, Bug est à la fois un film engagé, un drame et un thriller. Sans verser dans le gore, il suggère habilement toutes les horreurs que se font subir les personnages et frappe le spectateur par sa qualité cinématographique et la force de son propos. Un vrai choc.

(film présenté à la Quinzaine des réalisateurs)

 
Maître et Maîtresses

Cette année, la maîtresse de la grande cérémonie de Cannes sera Diane Kruger, talentueuse actrice d’origine allemande que l’on a découvert dans le très joli Frankie de Fabienne Berthaud. Elle a confirmé tout son talent dans Les Brigades du tigre l’année dernière.

Les maîtresses de cérémonie sont belles, classieuses et talentueuses. Retour sur quelques-unes de ces femmes qui, le temps d'un soir, ont présenté la grande remise des prix cannois.

ITALIAN TOUCH

Monica Bellucci. Mars DistributionMonica Bellucci. Gaumont Buena Vista International (GBVI)Monica Bellucci. Luc Roux / UGC

Actrice italienne, Monica Bellucci fut une des maîtresses de cérémonie à Cannes. Aimant la controverse, elle fait scandale en 2002 dans Irréversible de Gaspard Noé où elle incarne Alex. En 97, elle joue dans Dobermann puis, multiplie les apparitions dans des films souvent violents ou controversés: Mauvais genre en 97, Le Pacte des loups en 2001, La Passion du Christ en 2004 ou plus récemment Sheitan en 2006. Souvent femme fatale à la sensualité exacerbée comme dans Combien tu m'aimes? de Blier, Matrix 2 et 3, Malena ou Suspicion, sa filmographie est assez remplie. Se tournant toutefois vers des rôles plus matures, plus posés, elle commence à s'imposer comme une actrice intéressante, capable de jouer plusieurs personnages différents et éloignés de l'image habituelle (et réductrice) qui lui colle à la peau, ainsi elle est une mère brisée par le chagrin dans Le concile de pierre, espionne dans Agents secrets en 2004, amante lumineuse dans l'excellent Ricordati di me ou docteur dans Les larmes du soleil.

Javier Bardem et Laura Morante. Laura Morante et Romain Duris. Wild Bunch DistributionAndré Dussollier et Laura Morante. Mars Distribution

Compatriote italienne de Monica Bellucci, Laura Morante est la grâce et la classe incarnée. Si elle est un star dans son pays d'origine avec de nombreux rôles dans des films italiens (Sogni d'oro et La chambre du fils de Nanni Moretti, Un Amore di donna de Nelo Risi ou L'Anniversario de Mario Orfini), elle se fait aussi connaître en France avec des rôles dans Faut pas rire du bonheur de Nicloux, L'empire des loups, Molière, Coeurs ou Fauteuils d'orchestre. Les anglo-saxons la connaissent aussi puisqu'elle apparaît dans Dancer Upstairs de Malkovitch ou Hotel de Mike Figgis.

FRENCH TOUCH

Cécile de France. Société Nouvelle de Distribution (S.N.D.)Cécile de France. EuropaCorp DistributionCécile de France. Wild Bunch Distribution

La carrière de Cécile De France a explosé en France ces dernières années après de multiples petits rôles dans des films comme L'art (délicat) de la séduction, Loup ou A+ Pollux. Grâce à Irène où elle incarne une célibataire déprimée, son talent est enfin exploité. Elle tourne alors avec Klapisch pour L'Auberge espagnole, Aja pour le très bon Haute tension, Chatiliez pour La confiance règne et Giannoli pour Quand j'étais chanteur. Ne s'enfermant jamais dans un rôle bien précis, elle joue tour à tour dans des drames historiques (Mon colonel), des comédies dramatiques (Mauvaise foi, Fauteuils d'orchestre) ou films plus légers (Les poupées russes, Le tour du monde en 80 jours).

Virginie Ledoyen et Yazid Aït. Ludivine Sagnier et Virginie Ledoyen. Mars DistributionVirginie Ledoyen. Gaumont Columbia Tristar Films

Virginie Ledoyen, actrice française, talentueuse et naturelle, se fait absente de nos écrans depuis La doublure de Veber. Mais c'était pour mieux préparer son come back puisqu'elle reviendra avec The Backwoods, Holly et The last chapter. Elle tourne avec les plus grands (Chabrol dans son meilleur film La Cérémonie, Assayas dans l'Eau froide, Richet dans Ma 6-T va crack-er, Danny Boyle dans La plage ou Rappeneau avec Bon voyage). Elle est une des Huit femmes d'Ozon, retrouve Richet pour De l'amour et paie la rançon d'un succès trop rapide dans Héroïnes (film sous-estimé!!). Comédie (Mais qui a tué Pamela Rose?), drame (En plein coeur), film musical (Jeanne et le garçon formidable) ou thriller (Saint-Ange): elle sait tout faire!

BRITISH TOUCH

Charlotte Rampling. Charlotte Rampling. EurozoomCharlotte Rampling et Ménothy César. Pierre Millon

Charlotte Rampling, anglaise mais adoptée par le cinéma français, a une très longue filmographie qui témoigne de son renouvellement, de son talent et de sa richesse de jeu. Chéreau (La chair de l'orchidée), Allen (Stardust memories), Lumet (Le verdict), Lelouch (Viva la vie), Parker (Angel heart): tous ont eu la chance de l'avoir comme actrice. Une des égéries d'Ozon, elle tourne trois films avec lui: le tout récent Angel, Sous le sable et Swimming pool. Formidable dans Lemming de Dominik Moll et Embrassez qui vous voudrez de Michel Blanc, elle reste parfaite même dans des films de moindres qualités (Basic Instinct 2). On la retrouvera derrière la caméra de Kassovitz dans Babylon A.D.

Sans oublier.......

Vincent Cassel. Gaumont Buena Vista International (GBVI)Emmanuelle Devos et Vincent Cassel. Pathé DistributionVincent Cassel. Buena Vista International

Vincent Cassel, qui présentera la cérémonie, et sa phrase, désormais culte, "la maîtresse de cérémonie, c’est moi". Un homme, maîtresse de cérémonie, c'est possible! Vincent Cassel, mari de Monica Bellucci, a désormais un nouveau point commun avec elle: il a présenté la prestigieuse et tant attendue cérémonie cannoise. Comme elle, il aime le cinéma provocateur et sans concession puisqu'il tourne dans La Haine de Kassovitz, Dobermann de Jan Kounen ou Sheitan de Kim Chapiron. Et c'est au côté de sa dulcinée qu'il incarne l'homme ivre de vengeance dans Irréversible de Gaspard Noé. Souvent dans des films sur lesquels personne (ou presque) ne misait: Nadia, Blueberry ou le mauvais Dérapage, il tourne également avec les plus grands: Soderbergh dans Ocean's twelve, Audiard dans Sur mes lèvres ou Besson dans Jeanne d'Arc. Fidèle ami de Kassovitz, il tourne avec lui pour Métisse en 93, La haine en 95, Article premier en 98 et Les rivières pourpres en 2000. On le retrouvera très rapidement dans Eastern promises de Cronenberg. Peut être même sur la Croisette cette année....

 
CARNETS DE VOYAGE de Walter Salles

Gael Garcia Bernal. Diaphana Films

Carnets de voyage est une sorte de road movie tendre et plein d’illusions qui bascule au fur et à mesure dans la prise de conscience. Ce jeune étudiant en médecine, rempli d’espoir, va peu à peu découvrir la misère humaine et à mesure que les kilomètres au compteur augmentent, on assiste à un véritable voyage initiatique. Ce n’est point le parcours d’un jeune homme futur révolutionnaire que l’on nous conte ici mais le cheminement intérieur d’un garçon qui va se muer en homme et prendre conscience de la pauvreté de l’Amérique latine. Ainsi, il croise un couple de mineurs désespérés, des femmes et des enfants laissés pour compte et des malades de la lèpre abandonnés derrière un fleuve. Le film est empreint d’une poésie étonnante au vu de la dureté du sujet, toutefois jamais appuyée. Toutes ces rencontres vont définitivement bouleverser la vision du monde du personnage interprété par un Gael Garcia Bernal tout en finesse et en retenue. Ainsi est né Che Guevara.

(Sélection officielle festival de Cannes 2004)

 
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